Sign in / Join
1232

Jean-François Jalkh, un compagnon de route de Jean-Marie Le Pen aux manettes du FN

Jean-François Jalkh intronise Marine Le Pen en 2011 à la présidence du parti, le 20 janvier 2011. Crédits photo : JACQUES DEMARTHON/AFP

Désireuse de changer son image et de ses situer au-dessus de la mêlée des partis pour ce second tour de la présidentielle, Marine Le Pen a annoncé lundi soir sur France 2 s’être mise «en congé» de la direction de son parti. Une manière à la fois de se détacher de l’image encore compliquée véhiculée par le parti fondé par Jean-Marie Le Pen, et de placer la candidate en prise directe avec les électeurs, selon l’esprit de la Ve République. Selon l’article 16 des statuts du parti, c’est l’un des vice-présidents du FN, Jean-François Jalkh, qui prend temporairement les rênes du parti, jusqu’à la fin de campagne.

Député européen bientôt sexagénaire, Jean-François Jalkh est vice-président du FN en charge des affaires juridiques et des élections. C’est un frontiste de la première heure qui a été choisi pour cet intérim: engagé dès 1974, il grimpe rapidement les échelons du parti et intègre le comité central dès 1981 et le bureau politique l’année suivante. Il sera élu député FN en Seine et Marne à l’Assemblée, entre 1986 et 1988. Proche compagnon de route de Jean-Marie Le Pen, il se fait notamment remarquer à ses côtés en 1991, lorsque le fondateur du FN commémore la mort de Philippe Pétain à l’église traditionaliste Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

Des extraits d’une interview donnée en 2005 à la revue Le Temps des savoirs sont également ressortis sur les réseaux sociaux ce mardi. Interrogé sur les thèses négationnistes ou révisionnistes, Jalkh reconnaît se «poser un certain nombre de questions», notamment au sujet de l’utilisation du Zyklon B dans les chambres à gaz.

Cette figure peu connue du grand public reste néanmoins l’un des hommes clés de l’appareil frontiste. Si son parcours ne lui confère pas tout à fait une image qui colle au «parti dédiabolisé» dont rêve Marine Le Pen, cette tête connue des vieux frontistes a l’avantage de rassurer le canal historique du parti. C’est lui qui, en 2010-2011, était en charge d’organiser la succession politique de Jean-Marie Le Pen à la tête du FN: il a donc intronisé Marine Le Pen. Par ailleurs sa loyauté semble difficilement inattaquable: c’est lui qui l’avait déjà remplacé à la présidence du FN lors de la réunion du bureau exécutif du FN qui avait abouti en août 2015 à l’exclusion de Jean-Marie Le Pen. Il est aussi l’un des hommes de confiance de la candidate frontiste, et occupe un poste clé au sein du micro-parti de Marine Le Pen, Jeanne.

S’il se fait rare dans les médias, Jean-François Jalkh n’en pas moins connu des tribunaux. Il a été mis en examen en mai 2015 en tant que secrétaire général de Jeanne. Il est le premier cadre important du FN inquiété, pour des soupçons «d’escroquerie, abus de confiance et acceptation par un parti politique d’un financement provenant d’une personne morale, en l’occurrence la société de communication Riwal». Cette société, fondée par l’ancien chef du GUD et proche de Marine Le Pen Frédéric Chatillon, est soupçonnée d’avoir mis sur un pied un vaste système de détournement de l’argent public par le biais du financement public de la vie politique.

Un nom cité dans plusieurs affaires

Jean-François Jalkh est également cité dans le cadre de l’enquête sur les assistants parlementaires du Front national au Parlement de Bruxelles, dans le volet concernant Jean-Marie Le Pen. L’octogénaire est soupçonné de l’avoir employé comme assistant parlementaire entre 2009 et 2014, période à laquelle ce dernier occupait le poste de secrétaire général du FN. Le Parlement européen réclame en conséquence le remboursement de 320 000 euros, qui auraient été «indûment» versés comme rémunération.

Jean-François Jalkh a également vu son immunité parlementaire levée à Bruxelles: il est visé par une plainte déposée en 2014 par «La Maison des Potes», un réseau d’associations spécialisées dans la lutte contre les discriminations. En cause notamment, les mesures de préférence nationale proposées par le FN aux élections municipales et recommandées dans le «guide de l’élu». Cette plainte a conduit le parquet de Nanterre à ouvrir une information judiciaire.

Comme le rappelle Libération, en 2002, il avait été proposé à Jean-Marie Le Pen de suspendre ses fonctions à la tête du FN après son accession au second tour. Mais le «Menhir» avait refusé, contrairement à sa fille aujourd’hui. En cas de défaite de Marine Le Pen au second tour de cette présidentielle, l’intérim assuré par Jean-François Jalkh devrait rapidement prendre fin. Si elle l’emportait, le vice-président du FN devrait probablement organiser une nouvelle «succession» dans les plus brefs délais.